L’histoire des aéroports canadiens se scinde en deux époques, soit avant les années 90 et après. Pourquoi? Tout simplement parce que durant les années 90, l’exploitation de nos aéroports, jusqu’alors assurée par le gouvernement fédéral, fut transférée à des autorités aéroportuaires locales.

« Le modèle tel qu’il existe aujourd’hui au Canada est unique au monde, souligne Daniel-Robert Gooch, président-directeur général du Conseil des aéroports du Canada. À ce chapitre, nous faisons preuve de précurseurs. Des juridictions partout sur la planète admirent la façon dont nous sommes parvenus à jumeler l’expertise du secteur privé à une approche communautaire. »

Les aéroports n’ont jamais regretté une telle décision, et pour cause. Il suffit d’en constater les nombreux avantages.

« Le modèle actuel en ce qui a trait aux autorités aéroportuaires a permis aux usagers du transport aérien au Canada de bénéficier d’un excellent service au cours des 25 dernières années, indique Joyce Carter, présidente-directrice générale de la Halifax International Airport Authority. Par exemple, l’aéroport Stanfield d’Halifax a investi plus de 550 millions $ dans ses infrastructures au cours des dix dernières années, sous l’étroite supervision de notre conseil d’administration, dont les membres furent nommés par des gens locaux. Tout ce travail visait à accroître la contribution économique et sociale de l’aéroport à notre région. »

Le secteur canadien du transport aérien, dont les aéroports constituent une importante composante, contribue quelque 35 milliards $ à l’activité économique du pays, en plus d’injecter 7 milliards $ dans les coffres du gouvernement fédéral. Aussi, depuis 1992, ces mêmes aéroports ont versé la somme de 5 milliards $ en loyers au gouvernement.

Or, au-delà des chiffres, nos aéroports ont joué un rôle de premier plan dans le développement du Canada en tant que puissance économique sur l’échiquier mondial.

« Il suffit de songer à tous les liens que les aéroports permettent d’établir, que ce soit sur le plan commercial ou communautaire, tant au Canada qu’à l’échelle du monde, dit Gooch. Il ne fait nul doute que les aéroports sont notre porte d’entrée vers le monde, et une porte d’accueil qui unit les collectivités ici comme à l’étranger. »

Le succès d’aujourd’hui s’explique entre autres par les défis d’hier. Avant les années 90, l’exploitation des aéroports était centralisée entre les mains du gouvernement fédéral. Ce modèle d’affaires occasionnait des pertes financières à ce point substantielles qu’au moment du transfert, le coût pour les contribuables canadiens atteignait la somme de 135 millions $ annuellement.

Qui plus est, au déficit financier s’ajoutait un déficit au niveau des infrastructures. L’argent se faisant évidemment rare, les investissements dans l’amélioration des infrastructures aéroportuaires étaient, eux aussi, plutôt rares. Nos aéroports avaient à l’époque un besoin criant d’être rénovés et modernisés.

« Il fallait carrément réinventer les aéroports qui nous ont été transférés », se rappelle Gooch.

Et c’est à une réinvention que l’on a d’emblée procédé. C’est environ à cette époque que les dirigeants du Greater Vancouver Board of Trade se sont réunis et ont conclu que nos aéroports devaient mieux nous desservir. Vancouver était alors solidement positionnée pour devenir la porte d’accueil entre l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord. Pour y parvenir, il fallait que la ville se dote d’un aéroport à la hauteur de ses ambitions. Et c’est en privilégiant un contrôle local qu’elle y est parvenue.

Aujourd’hui, les directeurs siégeant au conseil d’administration des aéroports canadiens sont nommés par des regroupements d’affaires locaux, par leur municipalité et par les gouvernements au niveau provincial et fédéral. Nos aéroports sont tous actuellement exploités à la manière d’un OBNL. Résultat : quelque 22 milliards $ ont été consacrés aux infrastructures aéroportuaires sans qu’il en coûte un sou aux contribuables canadiens.

L’orientation locale, toutefois, demeure certes le plus grand avantage du transfert de l’exploitation des aéroports aux autorités locales.

« Au cours des vingt dernières années, nos aéroports se sont transformés pour devenir de véritables voies d’accès vers leurs diverses communautés », observe Gooch.