Durant la saison estivale, des millions de Canadiens s’envolent vers des destinations vacances et, en contrepartie, notre pays accueille un nombre significatif de visiteurs internationaux. Si les aéroports du pays y sont certes préparés, les ressources insuffisantes accordées par le gouvernement aux fins du contrôle de la sécurité et du passage frontalier se traduiront invariablement par une longue attente pour des millions de voyageurs.

Un aéroport est le premier et dernier souvenir qu’un visiteur conserve de notre pays. Il s’agit aussi d’un lieu qui facilite les échanges commerciaux et favorise de façon considérable le développement économique. Les aéroports ouvrent la porte à des centaines de milliers d’emplois potentiels pour le secteur touristique canadien. Ils attirent les entreprises et investisseurs dans nos communautés, créant ainsi des emplois – dont 194 000 emplois directs et des centaines de milliers d’autres à travers le pays.

Les aéroports du Canada ont été témoins d’une hausse considérable du volume de passagers au cours des dernières années. Ils ont entre autres travaillé en collaboration avec divers fournisseurs de services, afin d’accueillir l’an dernier plus de 11,3 millions de voyageurs en provenance des États-Unis et des pays étrangers – une hausse de 7,3 pour cent par rapport à l’année précédente.

Nos aéroports favorisent la connectivité. Au cours des cinq dernières années, ils ont investi plus de 9,1 milliards $ dans l’amélioration de leurs infrastructures et processus, afin d’assurer aux voyageurs un déplacement à la fois sûr et confortable. Or, l’expérience de ces mêmes voyageurs aux postes de contrôle de la sécurité et aux passages frontaliers, où ils se voient imposer de longues files d’attente, vient nuire aux impacts positifs de tels investissements.

En lançant son plan Transports 2030 en 2016, le ministre des Transports Marc Garneau a affirmé qu’il allait améliorer l’expérience des voyageurs, notamment en améliorant le contrôle de la sécurité afin justement de réduire le temps d’attente. Il a également promis de réagir aux frustrations exprimées par les consommateurs en ce qui a trait au coût du transport aérien à même le Canada. Or, la saison estivale est à nos portes, et les voyageurs attendent toujours des gestes concrets en ce sens.

L’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), qui se rapporte au ministre des Transports, est une société d’État responsable du contrôle des passagers dans 89 aéroports. Celle-ci obtient un financement de la part du gouvernement, l’objectif étant de contrôler 85 pour cent des passagers en quinze minutes. Le problème, c’est que cet objectif se situe bien en deçà des normes concurrentielles internationales, imposant ainsi à des milliers de voyageurs une attente pouvant s’étirer sur une heure en périodes de pointe. Le même scénario s’observe aussi du côté des passages frontaliers dans les plus importants aéroports canadiens.

Ces derniers ont « complété » l

e manque à gagner de l’ACSTA en utilisant leurs propres fonds. Or, même avec une telle contribution financière supplémentaire, le temps d’attente pour les passagers demeur

e trop long – et la situation risque de dégénérer encore plus au cours de l’été.

Lorsqu’adopté, le projet de loi C-49 viendra officialiser la possibilité, pour les aéroports, de défrayer certains coûts de main-d’œuvre et d’équipements imposés à l’ACSTA pour le contrôle de la sécurité. Si nos aéroports sont certes réceptifs à une telle flexibilité, ils ne peuvent tout de même que s’interroger sur ce qui pourrait justifier qu’un tel coût additionnel leur soit imposé – alors que le gouvernement impose d’ores et déjà aux passagers des Droits pour la sécurité des passagers du transport aérien (DSPTA). Tout coût additionnel transféré aux aéroports par le gouvernement doit invariablement être par la suite transféré aux utilisateurs, dont évidemment les passagers. Résultat : ces derniers se trouveront à payer deux fois – pour se retrouver dans les mêmes longues files d’attente.

De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) doit faire face à des défis similaires en ce qui a trait au contrôle d’un volume croissant de passagers internationaux dans nos principaux aéroports. Trop souvent, après un long vol, les passagers fatigués se voient imposer une longue attente par l’ASFC – et doivent parfois même demeurer dans l’aéronef, faute d’espace dans une salle de dédouanement bondée.

Au cours des six dernières années, nos aéroports ont investi quelque 40 millions $ dans l’automatisation des procédures douanières et l’amélioration de leurs infrastructures, afin de simplifier le processus de contrôle des passagers. Entre autres, Aéroports de Montréal a consacré l’été dernier la somme de 6 millions $ afin d’améliorer le processus de dédouanement pour les passagers à leur arrivée ou en correspondance. Aussi, des millions de dollars ont été investis par des aéroports de première classe dans des kiosques de contrôle primaires.

Dans la foulée de tels investissements par nos aéroports, il importe que les ressources consacrées par le gouvernement à l’ASFC et à l’ACSTA tiennent compte de la hausse du volume de passagers, afin que les aéroports canadiens puissent demeurer concurrentiels.

Sans l’ajout de ressources par le gouvernement aux postes de contrôle de la sécurité et aux passages frontaliers, tant les voyageurs canadiens qu’étrangers devront s’attendre à de longues files d’attente dans nos aéroports au cours de l’été. Nous sommes loin de la promesse faite par le ministre Garneau en 2016, et ce n’est certes pas le type d’expérience que nos aéroports souhaitent offrir aux voyageurs.